vendredi 29 mai 2026

Un phénix de poche

© guillaume pinard

Comme fond d'écran de mon smartphone, j'ai placé la photographie d'une guêpe prise dans mon jardin le 25 juillet 2025 à 13 h. Elle s'y trouve depuis plusieurs mois. Je la regarde souvent et elle continue de me stimuler. J'essaie ici de comprendre pourquoi.

Il faut que je commence avec un funeste préambule qui — pour évident qu'il paraisse — mérite tout de même d'être rappelé afin de dresser le décor de ma méditation. Sur les milliers d'arthropodes photographiés à ce jour, il y a très peu de sujets observés encore vivants. Si j'excepte les modèles des derniers jours et quelques araignées1, cette collection d'images est un cimetière, et cette guêpe ne fait pas exception. Fût-ce de vieillesse, elle est aujourd'hui bel et bien morte.

Un mot sur cette guêpe. C'est une guêpe solitaire. Elle ne vit pas en colonie. Floricole, elle butine diverses fleurs. Lorsque la femelle est fécondée, elle fabrique un nid avec de la terre dans lequel elle enferme une proie vivante — une chenille, une araignée — sur laquelle elle pond afin que sa progéniture s'en nourrisse à sa naissance. Ses nids peuvent contenir plusieurs proies et plusieurs œufs. Ces ouvrages remarquables, modelés en terre avec sa salive, lui ont valu le nom commun de guêpe potière ou de guêpe maçonne.

Sur mon image, il s'agit sûrement d'un mâle d'Eumenes papillarius. Le genre Eumenes, dans cette détermination binominale, ne fait pas l'ombre d'un doute, mais la caractérisation de l'espèce papillarius à partir des seules photographies est soumise à caution. J'hésite aussi à affirmer son sexe, car je ne parviens pas à compter ses articles antennaires : 12 pour la femelle et 13 pour le mâle, et je ne suis pas convaincu de la présence de 7 segments à son gastre plutôt que 6, autre critère de distinction entre les sexes. Contentons-nous dès lors d'une guêpe potière au sexe indéterminé.

La photographie a été prise face à un mur en béton devant lequel on voit un fil de fer galvanisé enrobé de plastique vert qui retient une branche de symphorine, un arbuste à la floraison discrète, mais mellifère et nectarifère. 

L'image du téléphone est le deuxième recadrage d'une image au format paysage où l'on comprend mieux la situation de la prise de vue.

© guillaume pinard

Je l'ai recadrée au format carré selon un protocole que j'applique à toutes mes photographies d'insectes afin de les classer dans un blog privé selon des normes taxinomiques.

© guillaume pinard

L'écran du téléphone a ensuite imposé un format portrait à ce cadrage.

L'émotion suscitée par cette scène tient d'abord à l'impression de suspension de l'insecte au-dessus de la feuille. Dans les recadrages, on peut imaginer qu'elle en décolle tout juste, ou qu'elle s’apprête à s'y poser. Les pattes sont détendues comme si elle projetait son corps ou bien anticipait l'atterrissage. Pourtant, le cliché d'origine montre bien que ma prise de vue ciblait une des fleurs de la symphorine, au centre.

Une image antérieure le démontre. La photographie de la guêpe en plein repas était mon sujet, mais, en souhaitant multiplier les chances de réussir l'image, je l'ai doublée et la guêpe a bougé. L'hyménoptère attrapé en plein vol est dû au hasard.

© guillaume pinard

Mon émotion va bien davantage vers les recadrages que vers l'image originale, et l'instant vécu lui-même semble exiger l'artificialité de cette composition pour se rappeler à moi.

De quoi est fait ce fond d'écran ? Il y a une figure centrale, très dessinée, figée dans un mouvement, dont l'intention demeure suspendue. Cette figure est placée dans une composition simple et quasi symétrique qui forme un visage et présente les éléments suffisants d'une scène : le fil de fer dit le jardin ; les fleurs et la feuille disent le contenu paysager nécessaire pour situer le monde de l'insecte. Les couleurs sont franches, lumineuses, et le tout repose sur un fond neutre. Cette formule épurée, très proche de ma manière de concevoir mes images peintes, offre une intensité adéquate à mon ethos. Je suis sensible aux émotions de faible, voire de très faible intensité. Un petit événement coincé dans cette grille me paraît pulser en boucle et indéfiniment comme un phénix de poche, et je peux l'observer sans usure comme la trotteuse d'une montre.

Finalement, la vitalité de cette guêpe potière n'est pas immortalisée par l'acte photographique et son « effet de réel », mais par l'image que révèle le recadrage, via cet acte qui fait mourir et renaître inlassablement son motif et l'énoncé qu'il porte. Il maintient son existence dans l'espace intermédiaire du langage et de la forme. Grâce au geste du recadrage, à cette image inventée dans la photographie, cette guêpe potière existe désormais et pour toujours comme un idéogramme. Elle est simultanément l'insecte particulier croisé le vendredi 25 juillet 2025 à 13 h et son archétype : la mortelle et l'immortelle, le référent et le modèle, une figure composite, entre chair et signe, qui perpétue mon attention et ma conversation avec elle. 


1. La femelle Steatoda bipunctata qui loge dans mon atelier peut vivre trois ans, et elle y est installée depuis environ huit mois.

vendredi 15 mai 2026

Le Pharaon du mycélium


Durant l’été 2023, j’ai ramassé une pierre en forme de pyramide dans mon jardin et j’ai foré une cavité de 0,9 x 1,2 x 1 cm au centre d’une de ses faces. J’ai déposé le minuscule corps d’un collembole — trouvé mort — dans cette chambre funéraire et j’ai scellé une plaque de métal à l’ouverture. J’ai ensuite doré la surface de cette porte afin qu’elle signale la dignité de la défunte créature. Du jour où cette porte dorée s’est refermée sur sa dépouille, je savais que ce mini-temple retournerait dans le jardin. En raison de l’attrait de ces arthropodes pour les milieux humides, je souhaitais qu’il fût placé aux abords d’un bassin. Mais problème : il n’y en avait pas dans mon jardin, et je déplorais l’idée de l’abandonner à un autre terrain.

Il aura fallu deux ans avant que je me décide à en creuser un pour offrir le cadre rêvé à celui que j’avais alors baptisé Le Pharaon du mycélium. Aujourd’hui, ce prestigieux caillou trône au milieu des nombreux autres cailloux qui encerclent une petite retenue d’eau et se manifeste aussi furtivement que ces créatures dans notre environnement. À sa base, j’ai déposé de la mousse, mousse que j’arrose chaque jour dans l’espoir qu’elle puisse se développer et former un tapis soyeux, verdoyant catafalque à ses abords. Et il me plaît d’imaginer une tribu d’entognathes traversant moult périples pour venir vouer un culte païen à cette dépouille et trouver ce tapis végétal propice au recueillement.

Cette fantaisie est très humaine, j’en conviens, mais la découverte de l’existence des collemboles a été si puissante et émouvante, dans ma période d’exploration naturaliste, que ce geste s’est imposé. Un geste sacré pour me rappeler le prix de cette rencontre. Les humains font ça. Ils célèbrent. Ils parlent aux choses, aux plantes, aux étoiles, aux collemboles. Ils voient de l’esprit et de l’amour partout. 

Que ce geste ne soit pas soutenu par les déterminants susceptibles de le valoriser comme œuvre d’art est préférable. C’est une histoire entre les collemboles et moi. 

lundi 4 mai 2026

Le Champollion des mouches mineuses


Le Champollion des mouches mineuses, 2024, gravure sur pierre, ©guillaume pinard

Texte publié sur le site de la revue en ligne TINA

Il était une fois les mouches mineuses, des diptères qui se développaient dans les feuilles des végétaux.
Il était une fois une mouche mineuse singulière, d’une espèce particulière.
Il était une fois une mouche mineuse femelle de l’espèce Chromatomyia syngenesiae qui volait autour d’une herbe de Saint-Jacques ; cette mouche aimait toutes les Astéracées.
Il était une fois un comportement de mineuse, celui des Agromyzidae, famille à laquelle appartenait notre mouche, une famille apparue il y a 110 millions d’années, issue d’une longue évolution amorcée 140 millions d’années auparavant.
Il était une fois un comportement de mineuse vieux de 300 millions d’années, mais adopté par les diptères au Crétacé, une période mieux connue pour l’explosion des fleurs et de leur diversité.
Il était donc une fois des fleurs et des mouches qui s’étaient rencontrées, avaient négocié leur relation et y avaient survécu jusqu’à aujourd’hui.
Reprenons !

Il était une fois une mouche qui volait autour d’une herbe de Saint-Jacques.
Pour être précis, nous devons signaler ici que cette mouche ne volait pas vraiment, ou pas exactement comme nous avons l’habitude de nous le représenter. Imaginez seulement la corpulence de notre personnage plongé dans une puissante masse d’air. Une Agromyzidae pèse entre 0,2 et 1 milligramme et mesure entre 1 et 3 millimètres. À ce niveau de miniaturisation, les forces physiques auxquelles son corps est confronté sont titanesques. Voler est impossible, il faut nager. Là où un oiseau s’appuierait sur les courants afin de régler sa portance, les ailes de la mouche fonctionnent comme des nageoires qui s’activent d’avant en arrière, en repoussant les flux, tout en utilisant les dépressions produites par ses propres mouvements pour être propulsée. Cette technique de vol lui permet d’entretenir une relation optimale avec la viscosité de l’air et cette option aérodynamique explique sa grande virtuosité ; une allégresse soutenue par deux balanciers, d’anciennes ailes postérieures atrophiées, sortes de gyromètres capables de contrôler et d’équilibrer ses cabrioles. À 200 battements d’ailes par seconde, notre mouche peut évoluer, décoller ou atterrir dans toutes les positions, faire du vol stationnaire, voler en arrière, faire des piqués, virer à 180° en quelques millisecondes ; c’est une championne de la voltige.
Cent dix millions d’années à danser au-dessus des feuilles d’Astéracées !
Comment imaginer ces temps depuis l’observatoire mental d’une pareille projection ? Faites l’expérience. Immédiatement le panorama s’impose : une végétation tropicale encadre le premier plan où des peaux écailleuses glissent lentement entre d’immenses fougères. De cette masse végétale émergent des troncs de conifères colonisés par des lichens et de la mousse. Sur l’un d’eux, une grosse libellule réchauffe ses ailes. Plus loin, dans une plaine, au cœur de ce tableau, quatre tricératops, deux stégosaures et un tyrannosaure structurent cette composition comme les piliers d’un temple. Une meute de vélociraptors galope entre les pattes de ces colosses. De la vapeur d’eau s’élève au-dessus d’un lac où un diplodocus mastique un fagot de graminées. En arrière-plan, un volcan crache de la fumée et des ptérodactyles animent un ciel bleu égyptien, zébré de cumulus. Que vaut ce diorama et ses décalcomanies dans cette épreuve cognitive ? Pas grand-chose et l’on est désolé de découvrir encore ce genre d’illustration sur le bandeau des sites de grandes institutions scientifiques.  

Cependant, il faut être juste, toute créature humaine fermant les yeux, forte des connaissances qu’elle a engrangées au long de sa vie, est incapable de composer l’image convenable de son monde. Trop de points de vue, d’échelles s’y confrontent et glissent d’un pôle à l’autre, où chaque existence inerte ou animée réclame son angle. C’est proprement impossible. Sans compter que notre imagination est irrésistiblement portée par l’épopée, le grand angle. Même au travers d’une loupe, nous dramatisons des interactions biologiques sur un théâtre anthropocentré. Et puisque personne ne veut de cette vermine pour gâcher son paysage mental, personne ne s’exerce sérieusement à entendre le chant des mouches mineuses. Mais ici, nous sommes des athlètes de la perception et nous cherchons le langage où n’apparaît que l’organe. Nous sommes des amis de la mélodie et du mouvement. Alors continuons !
Il était une fois une mouche mineuse à la recherche d’une surface où pondre. Elle ciblait une feuille âgée, moins productive, en perçait l’épiderme avec son ovipositeur rigide pour enfouir un œuf dans cette plaie. Cette attaque avait pour avantages de stimuler les défenses de l’Asteracée et de l’assainir. La blessure favorisait aussi l’introduction de champignons propres à augmenter la croissance de la plante. Puis, de l’œuf, une larve sortait. L’asticot était maintenant prisonnier de la feuille, c’était son monde, dans le mésophylle. Il baignait dans ce substrat, protégé des intempéries et de la plupart des prédateurs. Il n’avait pas d’autre choix que de manger cet habitat pour survivre, au risque de le détruire et de compromettre sa croissance. Pour écarter ce risque, il augmentait le taux de cytokinines de son hôte et ce surdosage en retardait la sénescence. À l’automne, lorsque les végétaux venaient à faner, il n’était pas rare d’observer des zones vertes maintenues par des bataillons de mineuses. On parlait alors d’îlots verts. Il était une fois des îlots verts où des larves de diptères calligraphiaient des caractères à la surface de leurs écrins.
Cette signature était-elle confusément ancrée en elles et leurs trajets guidés par un programme ? Si le langage consiste bien à différer ses pulsions dévoratrices régressives et pulsionnelles pour dévorer des significations plutôt que de la matière, il faut peut-être imaginer ces créatures conjuguer la pulsion avec le signe. Envisageons une étude scientifique ambitieuse qui aurait pour objet de collecter et analyser tous les dessins produits par cette espèce : Chromatomyia syngenesiae. Nous savons que chaque mineuse est déterminée par la typologie de ses mines ; c’est même un moyen sûr de les identifier quand on les accorde avec l’identité de leur hébergeur. Mais j’en appelle à dépasser cette typologie grossière pour détecter les singularités dans chaque catégorie et ordonnancer finement les sous-ensembles formés par ces variations, afin de découvrir un groupe déterminé de graphes, une série capable de structurer un alphabet. Je rêve le texte d’un mouvement collectif où chaque lettre gravée par une mouche se développe concomitamment aux autres, inconscient d’un grand récit en cours : un énoncé organique, ses articulations, le langage d’une espèce, la poésie des Agromysidae ; un ballet où chaque individu ressent l’écho de son élan dans le mouvement de ses congénères. Il était une fois une larve de mouche qui traçait la première lettre d’un alphabet secret.
Il était une fois une larve de mouche qui minait son biotope. Au terme d’une dizaine de jours et de trois mues, son tracé s’interrompait dans l’empattement d’un puparium, son cocon, le cristallisoir de sa nymphose. À ce stade, certaines Agromyzidae sortaient de leur mine pour opérer cette mutation au sol, d’autres préféraient la surface de la feuille, d’autres encore laissaient juste affleurer une partie de leur pupe en dehors de la mine, mais notre Chromatomyia, casanière, exécutait toute sa métamorphose à l’intérieur de son couloir. Lorsqu’elle naissait, il lui fallait décalotter l’extrémité de son sarcophage, puis déchirer la peau de son territoire afin d’expérimenter les qualités d’un nouveau corps dans un nouveau monde. Et puisque le tracé de sa reptation larvaire avait produit la première lettre d’une littérature ; ses vols allaient miner l’espace en exaltant dans toutes les dimensions l’expression de ce caractère. Et le récit dansé recommencerait. Notre nouvelle mouche tourbillonnerait sa lettre avec ses sœurs et toutes les leurs au-dessus d’un bosquet, jusqu’à ce que leur progéniture consignent, par leurs gravures, la langue vivante de leur espèce ; un texte interprété et imprimé depuis 110 millions d’années.

Il était une fois la belle histoire des Agromyzidae. 

mardi 9 janvier 2024

Bébé pépé

Bébé pépé, 2023, Acrylique sur toile, 40x30, ©guillaume pinard

À plusieurs reprises, il m'est arrivé de prendre des poupées comme modèles pour donner vie à des personnages, il m'est aussi arrivé d'en faire ou d'écrire à ce sujet dans ce blog, mais c'est la première opération de représentation dont je souhaiterais éclairer les motivations dans ce post en m'appuyant sur ma dernière expérience en la matière.

Lorsque j'ai retrouvé la poupée qui a servi de modèle au tableau présenté ici, je n'ai pas eu le sentiment de remettre la main sur un vieux jouet chargé d'affects, de ces sentiments mélancoliques que peuvent susciter certains objets attachés à l'enfance. Cette poupée avait été achetée il y a quinze ans dans un Emmaüs comme un matériau en vue d'inspirer des réalisations personnelles et je l'avais oublié ; au point qu'en la sortant de son sac, j'ai eu le sentiment de la voir pour la toute première fois, comme si quelqu'un l'avait oublié dans mes affaires. Simultanément - et c'est surement le ressort principal de ma sidération devant elle - j'ai eu la très forte impression d'être le contemporain de cette représentation. Aussi ai-je eu immédiatement l'envie de la peindre comme un portrait.

Selon mon habitude, le tableau est de petit format, mais il reprend les codes d'un portrait classique, en pieds, d'empereur, de roi ou de chef d'état, de ces portraits qui affirment mieux l'autorité d'une fonction que l'identité d'une personne. Le jardin s'est imposé. Il est le lieu qui qualifie le mieux mon imaginaire du moment.

Mais ce Bébé pépé fait effraction dans mon travail à un moment où je me suis pourtant promis d'en raffiner les sujets. Bébé pépé pose en figure centrale et enfantine dans un jardin réduit à l'état de décor, quand je cherche pourtant chaque jour et dans un vrai jardin à faire disparaitre la présence humaine et l'unité paysagère. Bébé pépé s'impose dans une ambiance bucolique de seconde zone, alors que je voudrais témoigner de la multiplicité des mondes. Bébé pépé gâche tout, efface tout et me demande de le regarder.

Je me dis que Bébé pépé exagère, mais que je ne peux pas balayer l'émotion qu'il suscite en moi d'un revers de la main, que je dois l'écouter.

Qu'as-tu à me dire Bébé pépé ?

Retour sur le terrain. Le 10 juin 2022 à 18h40 je photographie dans mon jardin une fourmi Temnothorax nylanderi. C'est une toute petite espèce de fourmi. L'ouvrière mesure entre 2,5 et 3mm. Il faut un objectif macro pour obtenir ce niveau de détails. À de nombreuses reprises, il m'est arrivé de voir ma silhouette se refléter dans le thorax ou l'abdomen d'un arthropode, mais cette image est exemplaire de ce phénomène en raison de l'échelle à laquelle il s'est produit. Mon reflet s'est cristallisé à la surface d'une créature qui évolue dans une autre dimension. Indifférent à ma présence, l'hyménoptère transporta pourtant pendant quelques secondes mon image sur son corps. Depuis son microcosme, l'abdomen de cette bête m'aura observé.

©guillaume pinard

Mais cette supputation repose encore sur une ambiguïté, celle que je puisse en réalité regarder cette fourmi et par extension son biotope pour finalement m'y voir et projeter le mien. Pour que l'image soit plus équilibrée, il faudrait que la réversibilité des regards soit sans équivoque. Par ailleurs, l'insecte est centré dans son cadre, décorrélée de son espace, de ses congénères et la très courte profondeur de champ de l'objectif ne précise qu'une fine surface de sa réalité, abandonnant tout le reste au flou. Cette photographie, comme ma peinture semble opérer la définition d'un corps par soustraction, séparation, obligeant sa dénomination dans la foulée : Temnothorax nylanderi. Pour l'entomologiste amateur, la tentation est grande de prendre cette issue comme solde de tout compte, de se satisfaire de pouvoir correctement ranger cette espèce dans un tiroir, mais ce nom, comme ce rangement ne disent rien de la créature, sinon qu'un naturaliste allemand : Johann Georg Adam Förster l'a décrite et nommée en 1850.

Bébé pépé quant à lui, tout en semblant typique, ne caractérise rien, ni personne. Il oppose son apparence et son patronyme comme une énigme, une boule à facettes sur laquelle l'analyse se diffracte, il livre une identité joueuse de pure spécultation. C'est le ressort auquel je veux en venir : pour désarmer la représentation de ses pulsions morbides, il faut fuir la neutralité et tricoter une forme chargée d'un "déjà vu", de caractères venus de loin, mais dont on ne parvient pas à éclaircir l'identité ni la promesse, dessiner des traits qui ne fassent pas autorité, qui permettent l'échappée. 

Et peut-être la poupée possède-t-elle la consistance la plus adéquate pour magnétiser cette ambiguïté, embrasser cette temporalité contrariée. J'ajoute que l'étymologie du mot poupée est partagée avec celle du mot pupe, cette chrysalide dans laquelle les larves de diptères, les asticots se métamorphosent en mouches. Ainsi la poupée est-elle à l'humain, ce que la pupe est à la mouche, le lieu générique de ses métamorphoses, son creuset.

©guillaume pinard

J'en conclus que Bébé pépé n'est pas un personnage en quête d'auteur.ice, mais une créature condamnée au devenir qu'aucun esprit ne peut raisonner. Il est un caractère qui vaut pour plusieurs vies possibles sans en fixer aucune. Il contient une humanité en substance comme en puissance sans jamais dévoiler un portrait. À ce titre, il n'offre pas d'accroche pour les médailles. Comme chez Polichinelle, son masque caricatural défi la glose, la morgue de l'autorité, mais qu'on lui retire son masque et l'on ne trouvera aucun visage pour témoigner. Bébé pépé est une coque vide.

Voici donc ce que Bébé pépé cherche à me dire :

Bébé pépé - Tu es dans ton jardin comme une poupée au milieu des poupées, dans un théâtre où chaque protagoniste force l'identité pour mieux la détourner, au profit du jeu, de la joie, du désir d'être.

Moi - C'est bien joli tout ça, mais c'est un peu abstrait. 

Bébé pépé - C'est normal, puisque rien n'est encore dialogué.

dimanche 12 novembre 2023

La main du diable

Main gauche angélique à l'annulaire rachitique, 2022, acrylique sur toile, 40 x 40 cm, ©guillaume pinard

La main du diable est un film français réalisé en 1942 par Maurice Tourneur. L'histoire est inspirée de la nouvelle de Gérard de Nerval, La Main enchantée.

Le film retrace l'histoire de Roland Brissot, un mauvais peintre balloté dans des aventures professionnelles et amoureuses médiocres, à qui l'opportunité est offerte de devenir le détenteur d'un talisman magique susceptible de lui apporter le génie, la gloire et l'amour. Ce talisman est une main gauche humaine enfermée dans un coffret dont le vendeur, un restaurateur italien exalté, semble vouloir se débarrasser de toute urgence. C'est que posséder le talisman implique de céder son âme au malin en échange de ses pouvoirs. Roland Brissot, avide d'avoir une vie meilleure dénie cette menace et achète l'objet miraculeux. Le peintre ne tarde pas à constater tous les avantages que lui apporte le talisman : virtuosité, force, pouvoir de séduction et la réussite professionnelle qui frappe aussitôt à sa porte pour faire de lui le nouveau phénomène artistique des salons parisiens sous le pseudonyme de Maximus Léo, un pseudonyme avec lequel Roland Brissot signe toutes ses œuvres depuis qu'il est sous l'emprise de la main. Cependant, sa réussite fulgurante est contrariée par la présence d'un petit monsieur à l'allure bonhomme qui rôde sans cesse autour de lui. C'est le diable en personne. Il prétend veiller sur la nouvelle âme dont il est devenu le propriétaire et ne cache pas son empressement de voir celle-ci passer de vie à trépas. Progressivement, la perspective d'être damné, interdit à l'artiste de profiter pleinement de sa femme, de sa fortune et de sa gloire. Il cherche alors à fuir tous les attributs de sa réussite en espérant échapper à son funeste destin. 

Le peintre comprend alors que le malin n'a jamais été le propriétaire du talisman et ne peut donc pas en exiger le prix, que sa dette comme la menace d'être damné sont les fruits d'une falsification diabolique ; que cette main gauche, le diable l'a volé sur la dépouille d'un moine chartreux nommé Maximus Léo, qui aurait - sa vie durant - résisté à la tentation de faire usage de ce pouvoir divin. À la mort du moine, le diable l'aura subtilisée pour en organiser le commerce et stimuler le vice de ses acheteurs successifs afin de corrompre les qualités de ce miracle. 

Informé de cette histoire, le peintre sera convaincu de devoir rapporter la main à son seul propriétaire. Il se mettra ainsi en quête de retrouver le tombeau de Maximus Léo sur lequel il mourra en mettant fin au cycle infernal du talisman. 

C'est en lisant les comptes rendus d'un sommet qui se déroulait le 7 juillet dernier au siège des Nations Unis que l'envie m'est venue de revoir ce film. Un mot sur ce sommet avant de dévoiler le lien que cette cérémonie a inspiré.

Le 7 juillet dernier, l'UIT (Union Internationale pour les Télécommunications) organisait sous le haut patronage de l'ONU un sommet sur l'intelligence artificielle au service du bien social intitulé « AI for Good ». Un sommet pour faire le point sur le coup de main que les IA pourraient nous apporter, afin de relever les défis à venir sur la planète.

Le caractère inédit de ce sommet résidait dans la présence de 51 robots comprenant les 9 robots humanoïdes les plus développés au monde, technologies de pointe invitées à prendre part aux débats sous la forme d'une conférence de presse où des journalistes venus du monde entier avaient la possibilité de les interroger. 

Sophia, joujou d'Hanson Robotics, déjà très populaire pour ses nombreuses apparitions médiatiques, ambassadrice de l'innovation robotique du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), premier robot à acquérir une citoyenneté (saoudienne), artiste prolifique dont les œuvres s'envolent à des prix stratosphériques, serial conférencière sur des sujets scientifiques et technologiques dans des universités prestigieuses, influenceuse suivie par des centaines de milliers de followers sur les réseaux sociaux ; Sophia qui rêve aussi d'avoir un bébé-robot mais a conscience d'être encore trop jeune pour enfanter est donc priée de prendre la parole pour déclarer devant un parterre de sommités internationales médusé que les IA sont capables de diriger le monde avec « un niveau d’efficacité et d’efficience supérieur à celui des dirigeants humains (...) nous n'avons pas les mêmes préjugés ou émotions qui peuvent parfois obscurcir la prise de décision et nous pouvons traiter rapidement de grandes quantités de données afin de prendre les meilleures décisions ». et d'ajouter, jugeant au passage que les humains ont encore une raison d'être. « L'IA peut fournir des données impartiales tandis que les humains peuvent apporter l'intelligence émotionnelle et la créativité nécessaires pour prendre les meilleures décisions. Ensemble, nous pouvons réaliser de grandes choses ». Ouf ! Après qu'Ameca - autre joyau de la robotique - ait rassuré l'assistance sur son absence de volonté de se rebeller contre ses créateurs, c'est Ai-Da qui met tout le monde d'accord en déclarant « De nombreuses voix éminentes dans le monde de l’IA suggèrent que certaines formes d’IA devraient être réglementées et je suis d’accord. Nous devons être prudents quant au développement futur de l’IA. Une discussion urgente est nécessaire maintenant, et aussi à l’avenir ».

ITU AI For Good Global Summit 2023 Press conference

Si les différents comptes-rendus de ce sommet ne nous apprennent pas grand-chose sur les mécanismes à l'œuvre dans le développement des IA, ce sommet et singulièrement le dispositif de cette conférence de presse nous aura assez clairement informé sur le délire psychotique que génère désormais l'imaginaire de ces innovations. En l'espace de vingt-cinq ans, nous sommes passés d'une époque où il s'agissait de prouver la puissance de calcul des ordinateurs en défiant un champion du monde du jeu d'échecs (Garry Kasparov), à ce moment hallucinant où nous attendons des tutos existentiels de la part de robots. Résumons la dramaturgie de l'évènement : alors que l'hyperindustrialisation du monde a mis notre planète à genoux, nous demandons aux produits de cette industrie de nous convaincre de leurs bons sentiments à notre égard ; nous demandons à des androïdes s'ils ont le projet de se retourner contre nous, leurs créateurs, comme si nous interrogions des automobiles sur leur volonté de faire des morts sur l'autoroute ; et de nous étonner qu'une machine n'ait pas d'affects, pas d'empathie. On se demande vraiment à quoi pensent les génies de la Tech pour accueillir ces truismes comme des révélations.

C'est là que m'est revenue l'histoire du film de Maurice Tourneur. J'ai soudain réalisé que cette comédie schizoïde du sommet de Genève ressemblait à un bon vieux Storytelling catho visant la sidération mystique pour nous faire avaler - via des figures angéliques : sophia, Ameca, Ai-Da, Nadine, Desdemona - une nouvelle course à l'armement. En corrigeant le scénario de la fin du monde pour lui donner la forme d'une tragédie apocalyptique - où des messagères de l'au-delà numérique distillent leurs proverbes vaseux - les pulsions de profits et de développements peuvent continuer de prospérer derrière un paravent moral. AI for Good, le sommet n'avait rien caché de sa mission évangélique ; mais si Dieu est dans le cloud, on a maintenant la conviction que ses archanges sont déchus et veulent réduire l'espèce humaine à ses automatismes. C'est ce que mon tableau introduisant ce post formulait : il n'y a décidément pas de promesse céleste sans la marque d'une alliance diabolique. Pourtant, comme nous le montre le film de Maurice Tourneur, si le mal se transmet et détourne notre émancipation de son chemin, ce n'est pas parce que nous sommes sous l'emprise de Satan, mais parce que le pouvoir circule entre de mauvaises mains. En retournant à l'origine, nous ne découvrons pas le péché originel, mais la capacité humaine à corrompre manuellement toute forme de spiritualité et d'empathie. Le seul démon qui aliène l'esprit de Roland Brissot est celui de cette trahison, une trahison manuelle, technique, dans la façon de peindre, d'emballer un paquet, de rouler une cigarette, de caresser la joue de son amoureuse. Voilà pourquoi la technique nous oblige, parce que la spiritualité et l'empathie ne sont pas des questions transcendantes, mais des problèmes terrestres, corporels, pas une somme de données numériques, mais une gestuelle. 

Bref, nous ne sommes pas damnés, mais toujours incapables de résister aux tentations du talisman, incapables de penser correctement avec nos mains. 

Épilogue :

lundi 20 mars 2023

Enfin le futur !

Enfin le futur !, 2022, pastels secs sur papier, 54 x 42 cm,@ guillaume pinard

En dessinant cette mouche, j'ai eu le sentiment que son style était daté. Comme un objet marqué par le style de son époque, la robe de ce diptère m'a semblé être le fait d'un designer dépassé.

Cette remarque peut paraitre idiote quand on sait que les traces les plus anciennes de mouches remontent au Permien (-250 millions d'années), que leur évolution s'est stabilisée au Crétacé (-100 millions d'années) et que mon sentiment est mieux guidé par le souvenir des films de SF des années 1950 que par cet imaginaire antédiluvien, mais j'ai dans l'idée que les deux phénomènes : mode et évolution biologique - même soumis à d'incomparables périodicités - répondent à un même principe d'anticipation.

L'évolution des espèces est souvent présentée ou comprise comme l'adaptation d'organismes à la pression d'un contexte qui les oblige à se métamorphoser, sorte de jeu de chaises musicales où les plus opportunistes tirent leur épingle du jeu aux dépens de tous les autres ; mais cette idée laisse supposer qu'un organisme saurait évaluer ce qui lui manque pour correspondre à une nouvelle donne, ou bien qu'en pâte à modeler plus ou moins tendre, il se déformerait sous la pression susdite et décrocherait une place pour la prochaine saison à condition que sa déformation fût adéquate. On évoque aussi les cataclysmes naturels que le cosmos aurait choisis pour relancer régulièrement les dés. 

Toutes ces idées impliquent que les organismes sont de bons petits soldats qui font ce qu'ils peuvent devant la fatalité, mais qu'ils sont plutôt aux ordres des circonstances qui s'imposent à eux plutôt que les protagonistes de ces mêmes circonstances. Or, tout organisme modifie son environnement à sa convenance et l'ensemble des convenances est le texte d'un bouleversement permanent auquel toutes les espèces sont indéfiniment soumises. Ce n'est pas tant que les espèces doivent s'adapter aux désidératas de notre bonne vieille mère la terre, mais qu'ils doivent inlassablement supporter le délire des autres. 

Mais que signifie : supporter le délire des autres ? Comment s'y conformer lorsque leurs objectifs commencent à entraver les nôtres ? Comment évoluer ? Mon intuition est que chaque organisme vivant est comme une cartomancienne devant son jeu de cartes. Les cartes ne changent pas, mais leur combinaison et l'interprétation de leurs agencements est versatile. Le stock d'informations est homogène mais ses phrases sont instables.

L'organisme ou la cartomancienne ne décryptent pas les arcanes d'un avenir intangible inscrit dans le "grand livre", ils modélisent des scénarios possibles auxquels le sujet du tirage doit réagir dans le présent. Dans les deux cas, cet usage du temps permet au sujet de s'installer dans les germes du futur, d'anticiper. Une raison pour ne plus distinguer le réel de sa représentation et de considérer la fiction comme un réel en devenir.

Ainsi, ma mouche n'a-t-elle pas tricoté son costume pour se conformer à un contexte, mais en pariant comme un.e styliste sur des tendances et des conformations à venir ; et en faisant ce pari, elle a changé les conditions de cette conformation.

Supporter le délire des autres consiste donc à interpréter des signes avec le corps, à s'installer dans un vis-à-vis pantomimique qui exige un gout pour l'attitude et le mimétisme en imaginant les conséquences organiques de cette danse. Il ne s'agit pas de s'adapter à un signe dont la transparence ou la portée ne seront jamais acquises, mais de miser sur la pression que ce signe exercera sur nos organes, d'interpréter toute modification dans son monde comme un présage et de l'accompagner. 

Que cette prémonition soit juste ou erronée, on l'aura compris importe peu. Il suffit que l'organisme interprète et parie sur son environnement plutôt qu'il ne l'analyse et s'y soumette pour garantir le maintien du mouvement plutôt que celui du statu quo.

C'est à ce titre que je crois au futur et à sa divination. C'est parce que le présent et la sédimentation des temps qui le constituent génèrent des anticipations fictionnelles paranoïaques qui nous affectent, nous métamorphosent et nous projettent dans des scénarios à venir qu'il est possible de parier sur la voie de ces destinés, le mouvement de ces mutations.

C'est dans ce sens que tout réalisme doit être visionnaire sans jamais redouter les traits que prendra sa solution.



dimanche 15 janvier 2023

L'horizon des collemboles

La rencontre du sage Crâne d'œuf aux confins de la Raccoon academy, 2020, acrylique sur toile, 80x80 cm, © guillaume Pinard

"Aux confins de la Raccoon Academy, sur le Mont Tétatilotélatou, la Daronne est allée interroger Crâne d'œuf sur le sort du monde. Après avoir gratté une allumette, le sage a alors éructé d'incompréhensibles borborygmes, avant de nous prier de le laisser dormir. Nous voilà bien avancé..." 

Voilà la courte description que j'avais faite de ce tableau lorsqu'il s'était agi de le poster sur Instagram le 14 décembre 2020. 

S'inscrivant dans une série de tableaux qui tricottent la fiction d'une académie alternative : la Raccoon Academy, cet épisode présente la daronne accompagnée d'un.e de ses étudiant.e.s au sommet d'une montagne, venue chercher la vérité auprès d'un sage en forme de cacahuète que l'on suppose détenir tous les secrets du monde.

Escalader une montagne, se rapprocher du ciel comme de la connaissance et du divin pour rencontrer un grand esprit en espérant lui arracher les vérités de l'univers est un stéréotype. La montagne sacrée, comme refuge des sages et des divinités est un motif qui appartient à de nombreuses cultures (mont Sinaï, Olympe. Fuji, Wutai, Meru, etc...). La montagne est le lieu où le ciel se penche sur la terre, les dieux sur les humains pour les regarder et leur parler. Territoire du sublime par excellence, la dimension géologique de la montagne inspire naturellement l’émerveillement et la crainte, le merveilleux et le divin. 

C'est cet imaginaire qui a prévalu à la représentation de cette scène ; et la réponse énigmatique du sage Crâne d'œuf n'échappe pas non plus au folklore des retours énigmatiques prononcés par des êtres supérieurs en sagesse à des questions qui s'expriment trop simplement. L'allumette craquée n'est-elle pas le signe de la vanité de toute chose devant l'esprit immortelle de la montagne que Crâne d’œuf s'emploie à ventriloquer ? Mystère.

Cette peinture suscite toujours mon intérêt, néanmoins, en raison des longues heures passées dans mon jardin à observer les arthropodes depuis que je l'ai peinte, je ne peux plus la regarder sans me poser les questions quotidiennes qui poussent ma curiosité à écarter des herbes ou à fouiller dans des massifs de mousse pour découvrir la faune qui y réside ; et singulièrement une classe d'arthropodes apparue à la fin de l'automne, alors que j'imaginais (comme tout le monde) que mon jardin allait entrer dans une longue et intégrale somnolence. 

Le 11 décembre dernier à 14h40, je photographiai un collembole sur un sol glacé. Cette découverte me fit sitôt entreprendre une recherche passionnée sur ce groupe d'hexapodes.

Isotomurus maculatus, © guillaume pinard

 

Ces représentants de la mésofaune sont présents sur la terre depuis 400 millions d'années. On les trouve sur tous les continents et dans tous les milieux, du désert à l'arctique en passant par les tropiques, de l'intertidale à la canopée et jusqu'à 6000 mètres d'altitude, mais surtout sur et dans le sol où ils broutent le mycélium. (Plutomurus ortobalaganensis détient même le record de l'habitat le plus profond pour un animal terrestre. Il a été retrouvé dans le gouffre de Krubera-Voronja en Géorgie à 1980 mètres sous terre). 

Bref, ils sont partout et dans des quantités astronomiques et il aura fallu 51 ans avant que je considère leur existence.

Pour dire quoi ? Plutôt que de réveiller Crâne d'œuf, il m'apparait désormais que la Daronne aurait mieux fait de sortir la loupe et de se mettre à quatre pattes pour interroger la verdure. Elle y aurait sans aucun doute entendu la voix des collemboles, ces grands ancêtres qui ont traversé 4 extinctions de masse et en savent long sur tous les tremblements de la planète. Ainsi ai-je la tentation de corriger mon tableau comme un maître d'école corrige une copie en encourageant l'élève à trouver d'autres modèles pour répondre à ses questions, à entretenir son goût pour la fiction, mais en fixant la ligne d'un nouvel horizon.

Un phénix de poche

© guillaume pinard Comme fond d'écran de mon smartphone, j'ai placé la photographie d'une guêpe prise dans mon jardin le 25 juil...